Indonésie - Rites funéraires torajas et cultes des ancêtres

Les rites funéraires Torajas, ethnie de Sulawesi, en Indonésie, constituent le point le plus "exotique" à nos yeux de leur culture. A la mort d'un parent, la famille du défunt organise à ses frais deux fêtes funéraires, sur une période d'environ trois ans, où sont sacrifiés quantité de buffles et de cochons, en même temps que sont reçus et nourris plusieurs centaines d'invités.

Certains, afin d'honorer leurs morts comme il se doit, n'hésitent pas à s'endetter sur des années, voire à vendre partie de leurs biens. Le caractère de "destruction non productive" de biens lors de ces rites heurte quelque peu notre logique de gestion patrimoniale, envisagée pour être rentable, matériellement parlant. C'est que les rites funéraires Torajas relèvent d'une autre logique, spirituelle, celle du "potlatch" : "don ou destruction à caractère sacré, constituant un défi de faire un don équivalent pour le donataire," (Petit Robert).
Brève analyse de cette définition, éclairant particulièrement le point de vue de l'observateur, le nôtre. Le terme de "destruction" indique d'abord la manière dont nous percevons les rites funéraires Torajas, principalement sous leurs aspects matériels (la destruction de biens). Le "caractère sacré" de notre Petit Robert édulcore du même coup l'aspect spirituel de l'affaire, lui donnant un contour flou et passe-partout, qui ne dit rien sur l'essentiel. Enfin, ce qui est clairement explicité est l'échange de biens matériels, puisqu'il est question d'un donataire : c'est donc qu'il y a un donateur. Notre logique de l'échange se retrouve dans un cadre apparemment plus familier…
Des comptes stricts sont d'ailleurs tenus, lors des cérémonies et chacun sait ce que chaque participant a reçu en dons de la part de la famille en deuil. Cela se pèse sur la balance : selon une hiérarchie précise, chacun a droit à un nombre défini de kilos de viande fraîche. Cela entraîne que lorsque moi-même accomplirai les funérailles d'un de mes proches, je "rendrai" un don équivalent à celui qui était donateur et devient alors donataire. Mais l'essentiel n'est pas là, même si les kilos des animaux fraîchement abattus en constituent l'aspect le plus spectaculaire !
L'essentiel est dans le sens du Culte des Ancêtres. On sait que nombre des peuples asiatiques pratiquent le culte des ancêtres ou en ont gardé des traces extrêmement prégnantes. Le principe de ce culte est d'assurer la vie post-mortem de notre parent, qui doit être confortable, correspondant au rang social réel ou magnifié qu'il avait de son vivant (avec possibilités de promotions), afin que, dans sa nouvelle vie et grâce à son rang avantageux, obtenu par les rituels faits pour lui, il veille à la prospérité de toute sa descendance, générations non encore nées incluses !
Notre conception occidentale d'épargne "pour nos vieux jours" ou "pour nos héritiers" est ici complètement battue en brèche, les Torajas "dilapidant" une partie de leur cheptel pour un mort qui, dans une logique strictement matérialiste, ne leur rendra jamais rien, puisqu'il est mort ! Mais justement… Cette mort n'est que le passage dans un autre monde, que nous rejoindrons tous, tôt ou tard. Et le Culte des Ancêtres est, de ce point de vue, le meilleur investissement pour l'avenir !
Dans l'optique des Torajas, ce n'est donc pas en léguant du matériel (ou des promesses concernant les conditions matérielles) aux générations futures que nous assurerons leur bien-être, mais en sacrifiant une part de notre fortune présente pour nos ancêtres qui nous ont précédés et qui, en retour, nous donnent la prospérité présente et à venir… A méditer.

Une chronique rédigée par Catherine Deschamps.

Crédit photo : ©22Kartika

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