La route de la Soie

Elle ne fut pas la première des grands chemins des mondialisations mais elle fut sûrement la plus emblématique et aujourd’hui encore, elle fascine et met en mouvement des touristes à l’affût de découvertes.

Elle ne fut pas la première des grands chemins des mondialisations mais elle fut sûrement la plus emblématique et aujourd’hui encore, elle fascine et met en mouvement des touristes à l’affût de découvertes. Cette appellation, dont l'auteur est le géographe allemand Ferdinand von Richthofen, date du XIXe siècle. Depuis, le succès de la formule ne s’est jamais démenti même si la réalité est un peu différente : il faudrait mieux parler des routes de la soie car c’est un faisceau de routes qui relient l’Eurasie depuis le IIe siècle avant notre ère jusqu’au VIIIe siècle après ; elle sera largement fréquentée avant d’être parcourue de manière plus sporadique au XIIIe et XIVe siècle puis d’être quasiment interrompue jusqu’à l’arrivée du chemin de fer qui redonnera aux communications entre l’Europe et l’Asie un nouvel élan.

Naissance de la route

C’est sous la dynastie chinoise des Han que s’ouvre l’espace vers l’Asie centrale : les chevaux du Ferghana représentent un enjeu majeur pour les troupes chinoises commandées par le général Zhang Quian au IIe siècle avant notre ère. Sa longue quête en avant le met en contact de nouveaux peuples avec lesquels il imaginait signer des alliances pour protéger la Chine contre les incursions permanentes. Mais à défaut d’accords, il revient avec une carte de peuples, une route possible et des chevaux. Les Chinois entendent alors parler d’un empire lointain tout à l’Occident, l’empire Lijan, c’est l’empire romain qui apparaît pour la première fois dans les sources de l’Extrême Orient.

En effet, l’empire romain au comble de son extension aux dépens de l’empire parthe et parfois de la Perse a tout aussi besoin, est tout aussi curieux de nouer des relations avec son très lointain voisin. La soie fut un élément majeur de ce premier élan ; elle faisait grincer des dents les vieux sénateurs romains choqués d’une telle débauche qui tournait la tête des hommes et des femmes de l’élite politique. Cette soie, on le savait, venait du pays des Sères , mais on ne connaissait pas plus son origine que la localisation exacte de ce lointain pays.

Les 7000 kms qui relient les deux mondes de la Chine et de la Perse, recouvrent un grand nombre de routes dans lesquelles on peut dégager deux grands itinéraires qui permettaient d’aller d'oasis en oasis pour ravitailler, vendre, échanger des marchandises et des animaux de transport. Les caravanes étaient énormes et mettaient en marche des milliers d’animaux. Les étapes ne pouvaient excéder 25 à 30 km par jour au milieu de difficultés souvent redoutables. En Asie la route partait de Xi’an point d’origine de la grande muraille, et dés la sortie du Gansu se heurtait au terrible désert du Taklamakan ; il fallait donc le contourner par le nord ou par le sud en longeant les oasis ; au nord le trajet passait par Tourfan, Urumchi, Kasghar, au Sud c’était Dunhuang ( où on a retrouvé des milliers de manuscrits et de grottes peintes) Khotan, Yarkand… Les hautes montagnes du Pamir ou de l’Hindu Kush étaient, elles aussi, redoutées à juste titre. L’arrivée en Sogdiane ( Samarcande, Boukhara, Merv) et en Bactriane signifiait la fin des épreuves les plus terribles. Mais la route jusqu’à la Méditerranée était encore longue et difficile. Fleuves et problèmes politiques pouvaient encore rendre le chemin ardu.

Une route remplie

La soie était le produit phare jusqu’au Ve siècle, même si la trahison du secret de fabrication a permis la diffusion de la culture des mûriers et des vers à soie dans l'espace asiatique puis méditerranéen. A côté de cet objet de luxe bon nombre d’autre produits circulaient eux aussi : des remèdes en tout genre, des épices bien entendu, des parfums, un peu d’or et surtout de l’ argent, des chevaux en direction de la Chine, mais aussi des fourrures, des perles de Ceylan, du corail de Méditerranée qui, d’après Marco Polo, circulait au Cachemire puis le thé , l’encens, l’ambre… la liste fait aussi une place aux arbres notamment fruitiers, la pêche, la poire puis l’abricot furent ainsi importés vers l’Occident méditerranéen. Les succès du commerce de cette route tient à la culbute de prix entre le prix d’achat assez bas en Chine et la revente à haut prix en Occident ; Mais l’Occident ne fut pas simplement consommateur, les caravanes étaient pleines dans les deux sens ; l’Occident fabriquait et vendait l’organdi d’Urgench, facile à transporter, les produits alimentaires de la Volga, le caviar par exemple qui permettait un fret de retour vers la Chine.

Qui la parcourait ?

Bon nombre de gens aux intérêts très divers ont parcouru ces routes terrestres puis maritimes. Les marchands furent bien entendu les plus nombreux ; ils composèrent un monde international communiquant en persan dans les oasis et les caravansérails. Ils furent parfois diplomates comme les Polo chargés de mission par le khan mongol pour le pape. Marco Polo, son père et son oncle convoyèrent, lors de leur retour vers l’Occident, une princesse à marier pour le roi de Khotan. Parmi les peuples les plus actifs, les Sogdiens se sont taillés la part du lion. Ils s’implantèrent avec succès un peu partout sur la route et notamment en Chine où des tombes rappellent la place primordiale qu’ils ont joué lors de l’apogée de la route. Les marchands occupèrent une place essentielle dans le dispositif mais ils ne furent pas les seuls loin de là.

Si le commerce l’emportait aussi bien en nombre qu’en qualité dans les voyages sur la route de la Soie, il ne faut pas oublier l’importance des communications culturelles, intellectuelles, religieuses. Les grandes routes millénaires ont souvent été aussi bien routes de pèlerinages que routes commerciales et la route de la soie en est un parfait témoignage. Toutes les religions ont circulé librement en Asie pendant des siècles : le bouddhisme a connu un succès éclatant puisque les érudits et les pèlerins sont allés de Chine en Inde inlassablement pour rapporter des textes et fréquenter les lieux de la prédication de Bouddha. Parmi ces pèlerins, des bataillons de moines surtout après la fermeture de la Chine au bouddhisme par la décision de l’empereur Wuzong, fortement hostile aux religions étrangères. En 845, il fait fermer 4 600 monastères et 40 000 temples. 260 500 moines et nonnes sont renvoyés à la vie civile, mais les pèlerins se pressent vers l’Inde. Les grands monothéismes, eux aussi, ont été importés vers l’Asie et très tôt : le plus vieux texte du gloria écrit par un chrétien nestorien figure sur une stèle en Asie centrale ( Ve siècle) ; la présence d’une mosquée à Canton au VIIIe siècle témoigne de la diffusion rapide de l’Islam.

Les voyageurs sur ces routes difficiles n’étaient pas tous libres de circuler : beaucoup furent des razziés, des esclaves raflés lors des terribles campagnes de l’armée mongole au début du XIIIe siècle. De nombreux artisans coumans notamment se retrouvent contre leur gré à Karakorum, capitale de la Mongolie ; le franciscain Guillaume de Rubrouck en 1254 raconte qu’il a rencontré un horloger et une certaine Paquette de Lorraine déportés malgré eux. Des artisans chinois cette fois parcourent, eux aussi, à leur corps défendant cette route, après la bataille de Talas (751) qui signe une victoire musulmane contre les Chinois : les Arabes transfèrent chez eux la fabrication du papier et le travail de la soie ; transfert fondamental pour le développement économique et culturel de l’Occident.

La route de la Soie est donc une expression générique ; elle rassemble un ensemble d’axes caravaniers qui traversaient l’Europe et l’Asie, allant de la Méditerranée jusqu’à la Chine en traversant l’Asie Centrale. En fait rares furent les hommes qui ont parcouru l’intégralité de la route, Marco Polo son père et son oncle furent de ceux-ci, les missionnaires Jean de Plan Carpin et Guillaume de Rubrouck qui les avaient devancés, aussi. La prise de pouvoir de Tamerlan, émir de Transoxiane à partir de 1369 a coupé par la guerre et les massacres, les voies de communication au cœur même de la route qui était déjà très en recul. Brigandage, abandon, fermeture de la Chine expliquent aussi ce déclin de la route terrestre.

L’empire mongol, le plus grand empire de tous les temps a suivi les directions et les itinéraires de la route de la soie en unifiant toutes les régions qu’elle desservait mais la conquête turque et l’éclatement de l’empire ont signé son arrêt pour plusieurs siècles.

Une chronique rédigée par Christine Bousquet.

Pour aller plus loin dans une importante bibliographie
Luce Boulnois, La route de la soie, Dieux, guerriers et marchands, Genève, Olizane, 2001
Jean Paul Roux, L’Asie centrale. Histoire et civilisations, Paris, Fayard, 1997

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