La saga du Mékong

La "Mère des Eaux" n’est pas un fleuve autour duquel s’est tissé une civilisation, bien qu’il soit le troisième d'Asie et qu’il fasse vivre, encore actuellement, cent ethnies et cent millions d’individus. Traversant six pays (Chine, Birmanie, Laos, Thaïlande, Cambodge, Vietnam), il change quatre fois de nom. Pour être nourricier, le fleuve n’a jamais servi de trait d'union entre ses peuples, à cause de sa géographie même....

Premièrement, on ignore l’endroit exact de sa source et sa longueur est estimée entre 4 300 et 4 900 km. Il surgit quelque part au Qinhai chinois, à 4 900 mètres d’altitude. Pendant 550 km, il n'est que torrents ; au Yunnan, sur 660 km, il se précipite en gorges ténébreuses et vallées isolées, puis il descend brusquement vers le Sud.
Nous sommes aux portes du Laos et de la Birmanie, pays auxquels il sert de frontière pendant 200 km, mais il n'est plus qu'à 365 mètres au-dessus du niveau de la mer et il lui reste encore 2 400 km à parcourir ! Il délimite encore la frontière entre la Thaïlande et le Laos, puis à l'Ouest de Vientiane, où de nombreux affluents l'enrichissent, il se dirige vers le Sud et le Cambodge. Mais il n'est navigable que par tronçons, à cause des cascades.
C'est au Cambodge, qu'il devient navigable et paresseux, jusqu'au Vietnam. Les Chams et les Khmers l'empruntèrent plus d'une fois pour s'envahir réciproquement, car à hauteur de Phnom-Penh, le fleuve rencontre le Tonle Sap. Au moment de la mousson, le débit du Mékong est tellement puissant qu’il "renverse les eaux", c'est-à-dire qu'il refoule les eaux du Tonle Sap vers Siem Reap, faisant ainsi quadrupler la superficie du lac au pied d'Angkor…

Cependant, même s'il y eut des prédécesseurs, ce n'est qu'avec l'expédition militaire d'exploration de Doudard de Lagré, ordonnée par l'Amiral de la Grandière, en 1861, que le fleuve et Angkor entrèrent dans la mémoire française… Qu'allaient donc faire ces Français sur le Mékong ? Il faut se rappeler le contexte international des Guerres de l'Opium. A l'issue de la seconde, en 1860, la Chine se vit obligée, entre autres, de permettre aux étrangers de pénétrer dans l'Empire du Milieu par l'intérieur du pays et non seulement par ses côtes. C'était le départ de "la course à la Chine", notamment entre les Britanniques et les Français. On était persuadé de pouvoir parvenir en Chine par voie fluviale. Les Britanniques parièrent sur l'Irrawaddy, en Birmanie, dont la conquête était achevée à cette date. Les Français, quant à eux, avaient conquis Saïgon et l'Amiral de la Grandière avait persuadé le souverain du Cambodge d'accepter le protectorat. Le Mékong était ouvert ! Mais nul ne connaissait son parcours… L'expédition Doudard de Lagré embarqua aussi Francis Garnier et Louis Delaporte, qui nous laissa les premières sanguines d'Angkor ! Car ce fut par hasard que l'expédition arriva en ce lieu, croyant remonter le Mékong… Mais le fleuve s'avéra impraticable dès le Laos, aux chutes de Kone…
L'Union indochinoise vit le jour en 1887 et l'on poursuivit la mise en valeur du delta, commencée à l'époque des Nguyen ; en plus de la riziculture traditionnelle, on développa l'hévéa et aussi une liaison fluviale Saïgon-Phnom-Penh-Vientiane. Ce fut la belle époque de la Compagnie fluviale, où Marguerite Duras rencontra son amant.
Après les Français, les bombardements américains à l'agent orange firent des ravages.
Aujourd'hui, pour le côté vietnamien, la riziculture fournit la moitié du riz du pays et une partie de celui exporté. Malheureusement des barrages chinois menacent le débit du "Fleuve Mère", un des autres noms du Mékong : si le phénomène du renversement des eaux ne peut plus se produire, qu'adviendra-t-il du formidable vivier du Tonle Sap, partie importante de la subsistance des Cambodgiens ?

Une chronique rédigée par Catherine Deschamps.

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