Merci Monsieur Guimet

Le Musée national des arts asiatiques - Guimet a ouvert sa dernière exposition sur une couleur bien connue des peintres : le « bleu Guimet », c'est un bleu, dont plus récemment, le peintre Yves Klein s'est emparé pour ses monochromes, qui laisse de côté les bleus coûteux tirés du lapis-lazuli. Présenté en poudre dans un flacon précieux, cet intense et profond outremer est à l’origine de la fortune du fondateur du lieu. 

En effet le père d'Emile, Jean-Baptiste Guimet, polytechnicien lyonnais, avait mis au point ce pigment artificiel en 1826. Les plus grands peintres du moment, les papetiers, les teinturiers sont conquis, et l'entreprise familiale qui marche très bien permet à Emile Guimet, qui s'intéresse assez peu aux affaires, de s'adonner pleinement à sa passion du voyage. L'entreprise par la suite fut à l'origine du groupe Péchiney ! Initié tôt aux beaux-arts par sa mère, Emile, doté d’un immense appétit de découvertes, grand lecteur, mélomane et compositeur, voyage sans cesse. A la suite d'un séjour en Egypte, il se passionne pour l’archéologie et l’histoire des religions. Mais c'est avant tout un humaniste, un visionnaire qui veut faire partager ses découvertes. Un premier musée à Lyon ferme rapidement (pour devenir une patinoire…). Les collections sont transférées à Paris, place d'Iéna, où le bâtiment de l'architecte Jules Chatron régne depuis 1889, de nos jours sous le nom de Musée national des arts asiatiques - Guimet. Dans cette exposition est relaté et illustré le premier voyage d'Emile Guimet au Japon puis à Ceylan et en Inde. Aventure et romantisme, au coin de chaque salle, nous imprègnent de l'ambiance de la fin du XIXe siècle (avant l'invention du tourisme). Avec un peu d'imagination on se laisse conduire comme dans un roman. Et cela nous est d'autant plus facile que notre voyageur s'est fait accompagner d'un ami d'enfance, peintre et illustrateur, Félix Régamey qui eut son heure de gloire en tant que caricaturiste pour L'Illustration et Le Charivari. Ses toiles illustrent avec réalisme le parcours des deux aventuriers. C'est en 1876 qu'a lieu le départ du premier voyage. Le Havre / New York à bord d'un paquebot. L'Exposition universelle de Philadelphie est une étape au cours de laquelle, redevenu homme d'affaires, Emile Guimet présente et vend son « bleu Guimet ». A New York il retrouve Félix Régamey et le convainc - sans mal - de le suivre pour dix mois d'errances qui trouveront leur point d'orgue au Japon. Si le fil conducteur de Guimet est la connaissance des religions, Régamey, lui, est fasciné par l'art japonais, comme tant de peintres contemporains, Monet pour n'en citer qu'un. Le périple américain dure deux mois et se fait en chemin de fer, tout juste inauguré. Puis c'est de nouveau le paquebot de San Francisco à Yokohama. Et là, c'est le ravissement ! Tout les fascine, les enchante, la vie quotidienne, la visite des monastères comme les rencontres avec les représentants des écoles bouddhiques.

En novembre ils partent pour la Chine, arrivent à Shanghaï et découvrent un pays ravagé par les guerres, sale, pauvre et sombre. Ils y restent peu et de Singapour partent pour Ceylan, puis après l'Inde le retour se fait par le canal de Suez, inauguré en 1869, œuvre de l'un de ses amis, Ferdinand de Lesseps ! C'est un roman…

Les points forts de l'exposition sont un palanquin noir à décor d'or du japon datant de l'époque d'Edo, la réplique du « Mandala de Tôji », exécuté sur place lors de son voyage et mignaturisé (l'original faisait 35 mètres de long), il comprend vingt-trois statues et fut le « clou » de l'Exposition universelle de 1878.

C'est ainsi que toujours grâce à Monsieur Guimet se tient au MNAAG, ainsi qu'à l'hôtel Heidelbach, quelque cent mètres plus loin, une exposition spectaculaire et éblouissante intitulée « Daimyo »,qui présente un ensemble exceptionnel d'armures et de casques extraordinaires des grands seigneurs de la guerre japonais, à partir du XVIIe siècle. A voir impérativement avant le 13 mai tant un tel rassemblement de chefs-d’œuvre est aléatoire. Le Palais de Tokyo s'associe à cette exposition en consacrant une exposition à la guerre à travers un artiste britannique, George Henry Longly, qui met en scène des armures conçues par les plus grands armuriers japonais. Un billet couplé est proposé.

I. Aubert